Un événement conçu par D@niel BOULOGNE,avec la collaboration de Pascal BRUANDET
L'avion à l'aéroport de Châteauroux voué au démantèlement.
Découvrez la formidable transmutation du 747.
L'art en chantier
Un mot sur les lieux de l'exposition, pour commencer.
Curieuse coïncidence qui nous conduit d'un chantier à un autre: d'un chantier de démantèlement -celui d'un vieux Boeing hors d'usage d'où sont issues les pièces intégrées aux ouvres -, à un chantier de construction accueillant aujourd'hui une exposition de créations, peintures et sculptures contemporaines. Amusante allégorie qui nous invite à penser que l'ouvre d' art se façonne à mi-chemin entre la démolition du monde et son rajeunissement glorieux.
Un mot sur le nom de l'exposition.
Ne nous y trompons pas. Il ne renvoie pas un thème unificateur qui aurait présidé à la réalisation des quelque quatre-vingts ouvres ici exposées. Pas davantage à un collectif d'artistes rassemblés autour d'une cause commune; cette manifestation s'enorgueillirait plutôt d'être le lieu d'expression d' un grand éclectisme artistique. Le choix de l'intitulé « Mur du son » est surtout lié à ma familiarité avec les murs peints en milieu urbain ; il m'a alors paru plaisant de me dire qu'en choisissant un avion comme nouveau support artistique, on passait du mur au mur du son.
Alors, s'interrogera-t-on ? Quid du principe fédérateur de la manifestation?
D'abord une même invitation adressée à quarante artistes de travailler sur un même matériau initial, quoique de dimensions variables.
Ensuite la volonté de rendre hommage à l'éclectisme : la richesse de cette exposition réside, en effet, dans la grande diversité des ouvres réalisées par des artistes appartenant à toutes les générations, et à des tendances et des horizons fort différents. Peintres académiciens, peintres de la rue, du milieu urbain, graphistes, scénographes, décorateurs, plasticiens, jeunes, moins jeunes, artistes de grande renommée, talents émergeants, tout le monde a sa place dans cette aventure que j'ai souhaitée accueillante.
Mais, par-dessus tout, sans doute, l'amitié et une certaine complicité créative qui me lie à chaque artiste convié.
L'histoire de ce projet commence dans les hangars Marcel Dassault sur l'
aéroport de Déols. Un vieux Boeing 747, « Victor Mike
» de son nom, au demeurant premier Jumbo d'Air France, se trouve là,
silencieux, en attente de démantèlement après trente
années de bons et loyaux services auprès de la compagnie Air
France. Je décide de l'acquérir au cours de l'année 2001,
avec l'intention de l'offrir à mes amis artistes, afin qu'ils réalisent
avec et
sur ces matériaux des créations. Quelques mois plus tard, plus
de cent pièces seront extraites de l'appareil et destinées à
une grande alchimie plastique. Chacun a choisi librement deux pièces
parmi celles que j'avais
préalablement sélectionnées avec Pascal Bruandet, chef
opérateur de tout le projet qui s'est impliqué brillamment dans
toutes les opérations.
Formidable support de création contemporaine, l'avion a subi une métamorphose
radieuse. Ailes, cockpit, portes, carlingue, cellule, coque, fuselage, empennage,
queue, chaque partie de l'avion a inspiré différemment
chaque artiste en quatre-vingts ouvres qui font fusionner magiquement art
et industrie.
Que soit ici consignée ma joie d'avoir pu convier ces quarante artistes à une telle transmutation.
Réjouissons-nous, enfin, des futures et prestigieuses destinations
réservées à notre exposition, en France et à l'étranger.
D@niel Boulogne,
Éditorial publié à l'occasion du vernissage de l'exposition
aux Galeries Lafayette, à Paris, le 19 février 2004.